L'histoire de Carolina

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(tel que raconté à un traducteur de COSTI : Services aux immigrants)

Je suis arrivée au Canada d’Amérique centrale il y a plus de 35 ans. J’étais la personne la plus heureuse au monde. J’ai laissé derrière moi tout ce que j’aimais, mais je me sentais prête pour un nouveau commencement. Une nouvelle aventure.

Mon mari et moi avons débuté une entreprise dans le sud de l’Ontario juste après notre mariage. Nous avons connu un grand succès. Nous étions toujours occupés et très populaires. Je suis restée à la maison avec les enfants quand ils étaient jeunes et mon mari travaillait de longues heures à l’entreprise. Nous nous sentions tous deux heureux et productifs.

Quand les enfants sont devenus plus vieux, mon mari a commencé à passer encore plus de temps à l’entreprise, et j’ai commencé à avoir de plus en plus de temps libre. De plus, je me sentais isolée parce que je ne parlais pas bien l’anglais. J’ai commencé à aller au casino chaque semaine pour passer le temps. Au casino, je pouvais me retrouver en dehors de la maison sans avoir à parler à quelqu’un. Puis j’ai commencé à y aller de plus en plus. J’y allais toujours seule. Parfois je ne rentrais que vers 2 h ou 3 h du matin. Mon mari était tellement inquiet à mon sujet. Mais c’est un homme calme et doux, et il n’a jamais essayé de m’empêcher d’y aller. Au lieu, quand je rentrais, il me demandait doucement combien j’avais perdu.

J’ai toujours menti sur le montant qui était perdu. Au début, j’y allais avec 200 $ et ça ne suffisait pas. La prochaine fois, j’apportais 500 $. Puis j’ai commencé à prélever 1 500 $ sur ma carte de crédit.

Et j’étais très superstitieuse. Je m’assurais d’être au casino le sept de chaque mois. Je n’entrais jamais au casino à 18 h, heure malchanceuse. Maintenant, je peux rire en repensant à la complexité de mon trajet jusqu’au casino, mais c’est aussi très troublant. Je croyais que si j’appuyais sur le bouton de la machine à sous sur le coup de minuit, je gagnerais des millions. Et j’adorais aller au casino les samedis et lundis parce que j’étais convaincue que les machines à sous seraient remplies de l’argent des vendredis et dimanches soirs.

Et je ne serais jamais entrée au casino sans ma collection de porte-bonheurs. Chacun avait un travail à faire : par exemple, les petits piments forts empêcheraient les envieux qui attendaient après ma machine de m’envoyer de mauvaises vibrations. Je réalise maintenant que toutes ces croyances sont des mensonges.

Mon fils s’inquiétait tellement à mon sujet. Je dépensais nos économies si rapidement. J’étais toujours seule au casino. J’y allais seule le soir. Il pensait que s’il m’achetait une machine à sous jouet, cela m’empêcherait d’aller au casino. Mais si je gagnais sur cette petite machine à sous, je le prenais comme un signe me disant d’aller au casino.

J’en arrivais à mes trois derniers billets de 100 $, mais je ne pouvais m’en aller. Je voulais tout perdre pour pouvoir seulement retourner à la maison et dormir. Je savais que j’avais besoin d’aide, mais je ne voulais pas arrêter complètement. Mon premier pas a été de téléphoner à la Ligne d’aide ontarienne sur le jeu problématique et ils m’ont aidée à prendre un rendez-vous dans une agence de traitement. J’ai continué d’aller au casino, mais je me suis fixée une date limite – un jour très spécial pour moi. Lors de ma dernière visite, j’ai apporté 700 $ et j’ai tout perdu.

Si vous êtes dans la même situation où j’étais, n’hésitez pas à demander de l’aide. Mais en même temps, il n’y a que vous qui puissiez apporter ce changement. Si vous ne croyez pas que vous avez un problème, vous ne changerez pas. J’ai encore des combats chaque jour. La peine que j’ai causée à ma famille et les dettes que j’ai accumulées me pèsent énormément. J’ai honte parce que j’ai dépensé au jeu tout ce que mon mari et moi-même avions travaillé si fort pour épargner. Mais quand je vais rencontrer mon conseiller, de même qu’en partageant cette histoire avec vous en ce moment, je me sens soulagée juste d’en parler et de faire face à la réalité.

J’espère que quelqu’un dans une situation comme la mienne puisse réfléchir à mon histoire et arrêter de jouer. Il n’est jamais trop tard. J’ai tellement perdu, mais je sens que je peux épargner mon argent et repartir à neuf. Vous le pouvez aussi.

Le service pour le jeu problématique de COSTI offre du counselling pour les joueurs dans plusieurs langues de même que pour les membres de la famille et les amis du joueur. Tous les services sont gratuits et confidentiels.
COSTI Immigrant Services : 416-244-7714 ou 1-866-222-9993
Site Internet : www.costi.org

Si vous êtes inquiet de vos habitudes de jeu ou de celles d’un proche, obtenez de l’aide gratuite et confidentielle en cliquant ici.

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